J'écris. Pour un blog littéraire, il vaut mieux. J'écris de tout, pour les jeunes, les moins jeunes, des nouvelles, du théâtre, de l'humour et mes humeurs. La liste des courses, alors que d'autres dressent la liste de leurs envies... Mais je vous l'épargnerai ! La liste des courses, je veux dire. Donc, bonjour et bienvenue sur "Ah, vous écrivez ?" mon blog littéraire.
Bonne lecture et n'hésitez pas à laisser vos commentaires, sincères mais courtois !

vendredi 4 mai 2012

Un mort encombrant


Un mort qui saigne sur un tapis blanc hautes mèches, ça fait désordre. Aussi, avec Nico on s’est dit : « Faut l’enlever de là. » Facile de le porter à deux, surtout qu’il était pas bien épais notre macchabée. Mais voilà, on allait le mettre où ?
Déjà, le transporter jusqu’au coffre de la bagnole, ça a pas été facile. Il gouttait sur le parquet, tellement qu’on aurait pu nous suivre à la trace ! Arrivé à la porte du salon, on s’est dit que c’était pas la bonne solution. Alors on a fait demi-tour. Et une deuxième trainée rouge sur le sol, parallèle à la première. On a reposé le corps sur le tapis blanc, on s’est redressé, on s’est regardé. On a pensé la même chose. On a enroulé le bonhomme dans les hautes mèches, on a scotché les bords avec un rouleau pour les colis qu’on a trouvé dans un tiroir et on est reparti en sens inverse. Bien sûr, il a fallu nettoyer le sang répandu par terre et puis le vide laissé par la carpette faisait un peu bizarre mais on n’avait pas vraiment le temps de s’attacher à des détails pareils.
Là, je me suis félicité d’avoir acheté un break. Il y a de la place, on peut mettre des choses encombrantes, pour le mort c’était l’idéal. Surtout que j’ai eu 11% de rabais parce que je l’ai acheté comptant, le break. Une affaire… Bref, en lui pliant un peu les jambes, il rentrait pile, on n’a même pas eu besoin de rabattre les sièges arrière. C’est Nico qui a pris le volant. Il a calé trois fois avant de desserrer le frein à main qui l’empêchait de démarrer. Je sais pas trop où il a la tête le Nico, des fois. Mais moi, fallait que je réfléchisse et quand je conduis je peux pas. Martine et les gosses étaient partis depuis deux jours chez Mamie Reine. C’était donc chez moi que le cadavre attendrait qu’on le transporte dans un autre lieu. Parce que là, tout de suite, à minuit passé, pas le temps de trouver un endroit sûr. En attendant, la remise au fond du jardin ferait l’affaire. De toute façon, personne n’y mettait plus les pieds dans cette cahute. Trop de bazar. Le jardinage, passé l’engouement des débuts, ça n’avait jamais été mon truc.
C’est drôle mais le corps nous a paru plus lourd qu’au départ, quand on a voulu le sortir de la voiture et le transférer dans la cabane. On suait comme des bœufs de labour et j’ai bien été content quand ça a été fini ! Derrière les sacs de ciment périmés, ceux de vieux terreau et les outils cassés, on voyait rien de rien ! Ah, comme j’ai apprécié la blonde qui me coulait, fraiche, dans le gosier… Nico il a rien voulu boire pourtant il avait autant transpiré que moi, les gouttes lui dégoulinaient encore le long des joues. Je l’ai trouvé bien pâlot et tout silencieux.
—Oh, Nico, détends-toi, il risque rien le macchabée, là où il est ! Martine revient que samedi prochain, ça nous laisse six jours pour le déplacer, c’est suffisant ! Et puis, j’ai une idée…

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—Fred… Fred, j’ai des remords…  
Je regarde Nico. Il se ronge les ongles depuis une heure et je vois bien qu’il est pas dans son assiette. Pourtant, ça s’annonçait sympa ce soir. Deux potes devant un match de foot, sans les gonzesses, avec pizza et bière à volonté ! Mais non, faut que le Nico il nous gâche la soirée !
—C’est vrai quoi, on n’était pas obligé de le dézinguer, le Francis, on pouvait discuter…
Je soupire. Discuter, discuter, il voulait rien comprendre ! On aurait pu discuter jusqu’au lendemain que ça aurait rien changé ! Faut que Nico, il  l’admette ça. Et puis de toute façon, c’est fait alors ça sert plus à grand-chose de se poser ce genre de questions… Moi j’aime pas quand on se triture le cerveau pour rien. Faut penser utile, c’est ça qu’il faut. Et puis au moins, on n’a plus de soucis avec Francis.
—Pourquoi t’aurais des remords ? Il l’a cherché, non ? Il avait qu’à cracher le morceau tout de suite. Puis d’abord, faut jamais revenir sur ce qui est fait. C’est du passé.
—Oui mais il a même pas parlé ! On est pas plus avancé qu’avant puisqu’il nous a pas dit où il avait mis son magot !
Il a pas tort. C’est vrai que Francis a pas lâché l’info. Il aurait fallu le torturer, juste assez pour qu’il crache au bassinet… Mais seulement, Nico c’est une petite nature, il aime pas la violence alors c’est toujours moi qui m’y colle et parfois, je m’énerve, alors voilà, le coup est parti tout seul. Il est mort avant que je réalise.
—Ouais bon, on aura qu’à fouiller sa baraque, maintenant qu’il y a plus personne… On la trouvera sa fichue cachette, c’est moi qui te le dis !
—Et quand c’est qu’on le trimballe ailleurs le cadavre ?
—Après-demain, les ouvriers du chantier coulent la dalle du gymnase. Ils vont faire ça vers dix sept heures à peu près mais le béton ça prend pas trop vite, alors dès qu’il fait assez sombre, nous on y va et on balance le macchab dans la purée ! Ni vu ni connu !
C’est mon idée et j’avoue que j’en suis fier… C’est pas Nico qui l’aurait eue celle-là ! Lui, à part avoir les jetons pour tout et pour rien… Si j’avais pas eu besoin de lui pour l’alibi, j’aurais fait cavalier seul, un vrai tocard ce Nico ! Seulement quand je dirai que j’ai passé la soirée chez lui et que sa dulcinée elle pourra confirmer, même si elle s’est couchée avant nous, on me fichera la paix. C’est que faut que je fasse gaffe, avec mon casier… Sandrine, elle s’est même levée pour aller pisser et elle m’a vu prendre une bière dans le frigo, une chance ! Elle sait même pas qu’on venait tout juste de rentrer et que le corps de Francis était bien au chaud dans ma remise, deux cent mètres plus loin… Il y est toujours d’ailleurs, j’ai vérifié en arrivant. La petite cabane au fond du jardin, c’est une idée super et c’est moi qui l’ai eue. 

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—Fred ! Freeeedddd !!! Le mort… le  le  le mort !!! Il, il a disparu !!!!                      
Allons bon, qu’est-ce qu’il a encore inventé, le Nico ? Un macchabée refroidi depuis quatre jours, plus froid que chez Picard, qui se fait la malle au beau milieu de la nuit ? N’importe quoi !
—Fred, Fred… mais viens voir ! Il a disparu, je te dis !
Nico a la voix aigüe et qui tremble, comme quand on va pleurer. Je lève la tête. Décomposé, le mec, blanc comme ma chemise, enfin comme ma chemise était ce matin. Je sens que je vais être obligé de laisser tomber l’aménagement du coffre du break. Pourtant faut bien le protéger, j’ai pas envie de dégueulasser le tapis de sol avec le sang de Francis ! J’ai trouvé un rouleau de plastique épais, bien souple, dans lequel on va pouvoir enrouler le corps avant de le balancer dans le ciment. Tout ça est aux petits oignons ! Nico me tire par la manche.
—Ouais, ouais, j’arrive…  Je fais, agacé.
Franchement, il est trop nerveux, ce mec. La porte de la remise est grande ouverte et les sacs de terreau trainent partout. J’aime pas le désordre.
—Non, Nico, là t’es pas sérieux ! Tu laisses tout dans le passage, t’aurais pu ranger un peu.
—Mais on s’en fout de ça bordel, je te dis que le cadavre a disparu !  Le Francis s’est barré ! Oh, je le savais que ça allait mal tourner, je le savais…  Mais qu’est-ce qu’on va faire maintenant ?
Il m’agace, mais il m’agace…  Il se tord les mains comme un possédé, manquerait plus qu’il chiale ma parole ! Bon allez, Fred, t’énerve pas et va voir dans la cabane, si ça peut le calmer…
Bon sang ! Mais c’est qu’il a raison, le couillon ! Le tapis hautes mèches est plus là ! Envolé, avec le mort dedans… Mais bon sang, comment c’est possible ? J’avale ma salive sans arrêt, j’ai le gosier tellement sec que même une barrique de bière pourrait pas le rafraichir. Et mon cœur, mon cœur, j’ai pas le souvenir qu’il ait battu si vite ! J’arrive pas à réfléchir…
—Fred, j’ai peur, j’ai vachement peur, ça sent mauvais tout ça, on fait quoi, dis, on fait quoi ? Mais où qu’il est le Francis ?
Nico hulule comme une vieille chouette, ça me casse la tête, j’arrive pas à réfléchir bon sang !
—Tu vas te taire ou je t’assomme avec la batte de base-ball du gamin ?            
Fred, reprends-toi, calme-toi. Je ferme les yeux et je fais la respiration du petit chien, comme les femmes enceintes. Parait que ça détend. Et puis je me dis que Francis, il a pas pu partir tout seul, c’est pas possible. Alors si c’est pas possible qu’il soit parti tout seul, c’est que…
—Nico, y a quelqu’un qu’a pris le corps. 
—Hein ??!! Mais… mais, mais…
—Forcément ! On n’a jamais vu un cadavre s’en aller comme ça,  quelqu’un l’a volé. Il a dû nous voir quand on l’a caché.
—C’est qui ?
—Mais comment tu veux que je sache, bon sang ? Faut tout ranger, on y verra plus clair.
Alors j’ai remis le bazar dans la cabane, tout comme c’était avant et j’ai demandé la clef à Nico pour fermer le cadenas.
—Ben, je l’ai pas la clef, c’est pas moi qu’a ouvert, c’était déjà ouvert… Je croyais que c’était toi…
Et moi, je crois que je vais faire une attaque. A part moi, il y a qu’une personne qui sait où elle est rangée la clef de la remise. C’est Martine, ma femme. Et Martine, elle est pas là. Je cours jusqu’à la maison, Nico sur les talons. J’entends sa respiration dans mon dos. Faut qu’il arrête de fumer, Nico.
C’est bien ce que je pensais, le pot en terre cuite de la tante Henriette est vide.
—Mais… t’as pas un double ?
—Nico, la ferme !!! Tu parleras quand tu…
Eh ! Mais oui, tous les cadenas sont vendus avec deux clefs ! Je cherche partout, du coup, je vais bien finir par trouver ! Le cendrier en coquillage… les tiroirs du buffet de la cuisine… la boite à bijoux de la gamine… qu’est-ce qu’elle fout là, d’ailleurs ? Ces gosses qui rangent jamais rien ! Et ça, qu’est-ce que c’est ? Même le courrier qui traine ! Mais…
—Nico, ta Sandrine, elle écrit des lettres à ma femme alors qu’on habite à deux cent mètres ? C’est quoi ce délire ?
—Hein ?? Qu’est ce tu racontes ? T’es fou ? Ah ben ouais, c’est sa signature… Ben lis !
« Cher Nico et cher Fred,
C’est Sandrine qui écrie. Je sait que Nico et toi vous avez trucidé Francis pour son fric qu’il a gagné avec l’assurence-vie de Marion .C’est pas bien. Faut pas tué les gens, c’est monsieur le curé qui le dis. Mais c’est encore plus mal de caché le corps et de rien nous dire, à  Martine et a moi, ça, c’est moi qui le dis.  Vous voulez pas partagé, c’est ça ? Faut dire que depuis long temps vous partagez plus avec nous et faut bien le dire, vous etes un vrai pois pour nous. Alors avec Martine, on a décider de prendre le pognon, de faire disparaitre le cadavre  et de se tiré. Moi je le savait ou qu’il cachais son argent, Francis parce que tu vois Nico, Francis et moi on été comme qui dirait ensemble. Et on voulai partir tous les deux. Mais comme vous lavé tué avec Fred, ben au moins j’aurai pas tout perdu, j’aurai le mago. Je pars avec Martine (c’est elle qui ma dis ou été la clé ) qui es parti de chez mamy Reine et qui m’attends dans un endroi de rêve. Cherché pas le corps, vous le trouverez pas et si vous voulez nous retrouvé, c’est pas la peine, sinon on dit tout a la Police.
P.S. : Fred, tu oublira pas de cherché tes enfants chez Mamy Reine parce que on va mener la belle vie avec ta femme et on veux pas avoir les gosses dans les pâtes  et puis c’est aussi les tiens, faut que t’assume. Adieu. »
Je me souviens maintenant ! Le double, c’est le gosse qui l’a jeté dans les WC quand il était bébé ! Sale môme, il va voir ce qu’il va voir quand j’irai le chercher !

Un vieux canapé


Affalé sur le vieux canapé qui trône désormais dans mon bureau, je sens les ressorts triturer le bas de mon dos. Avachi, son tissu bleu indigo délavé, il ne ressemble plus à rien mais on l’a gardé. Quand on prend de l’âge, on devient bête, on fait du sentiment pour des vieilleries. Mon bureau n’avait pas vraiment besoin d’un canapé, je n’y reçois pas de clients. Heureusement pour eux, s’ils avaient dû supporter son inconfort !
Mais Claire avait insisté, il lui rappelle tant de bons souvenirs ! Il est vrai qu’il en a connu des aventures, le vieux sofa !
 Il avait été notre premier « vrai » meuble à nous, celui que nous avions acquis grâce à notre première paie. Le reste des pièces avaient été meublées par belle-maman et la débauche de vert, de jaune et d’orangé qu’elle avait imposé dans le salon nous avait incités à choisir une couleur plus neutre. La première chose qu’elle trouva à dire fut : « Il jure avec le reste, ce divan ! » Eh oui, belle-maman, c’est fait exprès ! Je me souviens avoir répondu : « Et encore, je préférais le violet, c’est Claire qui n’a pas voulu. » Le comble du mauvais goût fut atteint le jour de la pendaison de crémaillère, lorsque Franck, mon meilleur ami, arriva les bras chargés de coussins rouge vif, pour, affirma-t-il, « égayer un peu ton canapé ». Un irrésistible fou rire nous avait secoués, ma femme et moi, amplifié par l’air ahuri du pauvre Franck qui demandait sans cesse : « Ben quoi, qu’est-ce qu’il y a ? Qu’est-ce que j’ai fait ? »  On a disposé les coussins et ça faisait très bien ! Et puis c’était confortable, douillet. Lovés ensemble devant nos séries télé préférées ou enlacés pour des ébats amoureux, le canapé et ses petits oreillers moelleux nous accueillait toujours avec générosité. Il eut à affronter les apéros renversés, les chips écrasées, les griffes du chien puis, plus tard, les régurgitations enfantines, les menottes poisseuses, les pipis involontaires de l’apprentissage de la propreté. Plus tard encore, les gueules de bois adolescentes et les bulles de champagne  des soirs de diplôme… Et puis un jour, fatigué, il a été relégué dans ce bureau par un remplaçant en cuir beige. On ne prend plus guère d’apéro, le chien est mort et les enfants partis vivre leur vie ailleurs.
De temps en temps, lorsque la nostalgie m’étreint, je m’y assois et je laisse mes souvenirs remonter à la mémoire, tout doucement… Que reste-t-il de cette époque ? Plus grand-chose. La vie a fui et à l’image de ce vieux meuble, les êtres se sont avachis, étiolés. Comment en est-on arrivé là ? Pourquoi ? Et pourquoi garder ce témoin vivant de notre déchéance ? C’est Claire qui, une fois de plus, a choisi le nouveau canapé. Qui a décidé de garder l’autre, de me le refiler… Comme jadis sa mère, elle a meublé le studio de notre fils, s’apprête à faire de même pour notre fille. Elle a aussi tout redécoré chez nous. Je n’ai rien choisi. Jamais.  Même la couleur du vieux canapé, c’était déjà Claire. Les ressorts agressifs me meurtrissent les reins. Et soudain il me prend des envies de tout bazarder, le canapé épuisé, ma vie trop vite enfuie, Claire et ses décisions… Moi, du ressort j’en ai encore un peu, c’est maintenant ou jamais et en premier lieu, remettre la main sur le planning de passage des encombrants…

vendredi 30 décembre 2011

Tentation.

Une histoire pour les fêtes.


Elle passe devant la vitrine sans regarder, il faut qu’elle résiste, ce ne serait pas raisonnable. Mais cent mètres plus loin, elle se ravise et fait demi-tour. Après tout, c’est la période des fêtes ! Elle pousse la porte de la boutique et entre. Les effluves magiques viennent lui chatouiller les narines. Dieu que cela sent bon ! Elle n’arrive pas à isoler chaque odeur mais il lui semble percevoir la vanille presque à coup sûr et la noix de coco, reconnaissable facilement. Un léger sillon de cannelle aussi et euh… peut-être une petite pointe de fruits rouges. Un plaisir pour les yeux, aussi, cette échoppe, avec ses présentations toutes plus appétissantes les unes que les autres ! Le paradis sur terre, ou bien l’enfer… Elle va céder à la tentation et le vague remords qui la traverse est bien vite chassé au loin… Elle sent déjà sur sa langue les saveurs fortes ou subtiles et les parfums délicats de la pistache, du gingembre ou du caramel. Elle a envie de tous les essayer, elle s’est privée depuis trop longtemps et ça n’a servi à rien ! Elle tutoie toujours les quatre vingt kilos pour son mètre soixante, malgré les efforts accomplis avec ce régime à la noix !! Ras le bol de tout ça ! Et puis, c’est Noël… Alors si elle hésite, ce n’est pas pour savoir si elle va céder à l’achat ou pas, mais bien parce qu’elle ne sait pas quelles variétés choisir. Tout lui fait envie, tout lui parait délicieux. Heureusement qu’il y a le prix qui la freine un peu, sinon…
Arrivée chez elle, elle déballe ses paquets sans attendre. A quoi bon mettre tout ça au pied de l’arbre de Noël ? Elle n’est plus une gamine et puis de toute façon, elle n’a pas fait de sapin cette année. Sa sœur et ses neveux ne viendront pas, ils vont passer les fêtes à Londres, il parait que là-bas, ils savent fêter Noël… Quant à ses parents, comme d’habitude ils passeront en coup de vent l’après-midi, histoire de dire bonjour et s’en repartiront vers leurs nombreuses obligations, non sans lui avoir offert le même cadeau inutile que les autres années. Il n’y aura qu’elle, en tête à tête avec son reflet dans le miroir de l’entrée. Une idée idiote, ce miroir ! Une idée de sa sœur « comme ça tu verras les progrès de ton régime, ça te stimulera ». Tu parles Charles ! Elle ne supporte plus de voir ses rondeurs hideuses à chaque fois qu’elle rentre chez elle. C’est décidé, demain elle l’enlève !
Sur la table basse, les boites entamées se partagent la place. Affalée sur le canapé, elle jette un œil morne sur l’écran de la télé. De temps en temps, elle se penche, plonge la main dans l’une des boites et la porte à sa bouche. Les saveurs éclatent entre ses joues, lui procurant une volupté sans pareille, en appelant d’autres. Bientôt, les boites se vident. Repue, elle se sent légèrement nauséeuse et va boire un peu d’eau à la cuisine. Ça passera, ce n’est rien, se dit-elle en étouffant dans l’œuf le sentiment de culpabilité qui pointe son nez. En revenant au salon, elle lorgne sur les quelques friandises restantes. Elle soupire. Tend la main. Les douceurs rejoignent son estomac sans autre forme de procès. Ce soir elle se couchera lourde et la bouche pâteuse et le goût d’amertume qui lui collera au palais ne sera pas forcément celui du cacao…
Lorsque ses parents la trouveront le lendemain, les pompiers accourus sur les lieux du décès seront formels : overdose de chocolat. Elle avait juste oublié que depuis deux semaines, elle portait un anneau gastrique…

samedi 22 octobre 2011

Les seconds rôles.

« Oh et puis ça va, hein ! Tu veux toujours avoir raison…
—Mais c’est parce que J’AI raison, ma chère ! C’est l’évidence même. Ils sont tous droitiers dans cette famille, je ne vois pas pourquoi le petit dernier serait gaucher…
—Et alors, c’est pas parce qu’il y a des générations d’imbéciles dans une famille qu’il faut que le benjamin en soit aussi un ! C’est quand même inouï cette logique !
—Rôôôhhhh mais c’est pas pareil, tu compares des choses incomparables. C’est pas une tare d’être droitier, non ?
—Non mais bon… il aurait bien pu être gaucher celui-ci… Tu aurais bien pu me faire ce plaisir… Sinon j’ai l’impression d’être inutile, moi !
—Inutile ? Mais non voyons ! Quand j’écrirai, tu tiendras la feuille. Et puis il faut deux mains pour pouvoir faire des lacets, deux mains pour accrocher puis remonter une fermeture éclair de blouson, deux mains pour taper sur un clavier d’ordinateur… Ma pauvre, tu ne te rends pas compte de ton utilité je crois !
—Oui, c’est vrai mais ce sont des seconds rôles…
—Ne sais-tu pas que les seconds rôles sont aussi importants que les premiers ?
—Mouais… à toi l’agilité, la force, la dextérité. A moi la maladresse, la faiblesse et l’à peu près… A chaque fois que ce gosse laissera tomber quelque chose par terre je sais bien que ce sera de ma faute. On dira « Que cet enfant est gauche ! » Et ce sera toujours toi qui auras le privilège de faire les choses intéressantes… tenir le stylo, la fourchette, le couteau, la raquette, passer les vitesses…
—Ah ben pour les vitesses, même s’il était gaucher, je le ferai quand même, je te signale qu’on est en France et qu’on roule à droite…
—Pfffff… encore une discrimination, tiens ! C’est pas drôle, les droitiers sont majoritaires dans ce pays, tout est fait pour eux et c’est tout juste si on commence à tenir compte des gauchers et à créer des outils adaptés pour nous, les mains gauches. Dis-moi donc un peu depuis quand est-ce que les ciseaux pour gauchers existent ? Hum ? C’est comme le droit de vote pour les femmes, ça…
—Hein ? Je vois pas le rapport ! Tu mélanges tout ma pauvre amie, tu dis n’importe quoi ! Nous ne sommes que les deux mains d’un gamin de cinq ans qui va devoir bientôt choisir sa latéralisation et la génétique veut que…
—La génétique, la génétique ! Non mais tu me fais marrer avec ta génétique ! Je te parle de droits, moi, de droits, tu m’entends espèce de gourde ?
—Oh ! Gourde toi-même ! Non mais dis donc, tu te prends pour qui pour me parler sur ce ton ? Je te dis que cet enfant sera droitier, comme son père et sa mère et il sera droitier, un point c’est tout !
—Et moi je veux qu’il soit gaucher et je me laisserai pas faire, c’est pas toi qui commande !
—SILENCE VOUS DEUX !!!!! Vous vous croyez où ? On entend que vous, vous n’allez pas arrêter de vous chamailler comme des chiffonniers ? Et puis ce ne sera pas vous qui choisirez, ce sera moi.
—Quoi ! Et qui tu es d’abord pour te mêler de nos affaires ?
—Ouais, c’est vrai, tu es qui toi ?
—Je suis le cerveau et c’est moi qui décide, vous n’êtes que des instruments, mes belles demoiselles ! A cause de vous cet enfant hésite depuis des mois entre ses deux mains. Alors je trancherai et vous vous inclinerez. Ne dit-on pas que la raison du plus fort est toujours la meilleure ? Et ici, le plus fort, c’est MOI !

Roman érotique.

Elle était nue face à lui, mutine et ingénue à la fois. Les rayons du soleil pénétraient par la fenêtre et satinaient sa peau. Il approcha sa main droite de ses seins. Ses doigts tremblaient. Il avala sa salive, fit quelques pas dans sa direction. Il la touchait presque. Son souffle s’accéléra quand il posa sa paume gauche sur ses fesses. Doucement, lentement il descendit jusqu’à son…

« Fabien ! Les enfants ! A table ! Dépêchez-vous, ça va refroidir… »
Fabien sursaute, ferme les yeux et réprime un juron. Ça y est, l’inspiration a fichu le camp ! Bon sang mais Marion peut pas la fermer, non ? Il lui a dit cent fois que quand il écrit elle ne doit pas le déranger. Même pour manger. Surtout pour manger. Pourquoi ne comprend-elle pas qu’il n’en a rien à faire de manger quand il est en plein processus créatif ? Que sa nourriture dans ces moments-là, c’est la littérature ? De toute façon elle le fait exprès, il en est sûr… Elle ne veut pas comprendre. Fabien soupire, enregistre son texte et ferme Word. Il va les manger ses raviolis insipides, en espérant que sa femme ne va pas le barber avec ses histoires de nana… Plus vite il aura fini, plus vite il retournera auprès de ses chers personnages. Si au moins Marion savait cuisiner…

Cynthia, lascivement allongée sur le grand lit recouvert de satin rose, offrait son corps au regard fasciné de Marc. Un sourire coquin flottait sur ses lèvres pulpeuses. Marc ressentait une douce chaleur se diffuser dans ses reins et son bas-ventre. En une enjambée il fut près du lit. Il s’allongea près de la jeune femme et entreprit de…

« Mon chéri, tu préfères quel motif pour le papier peint du salon ? Les rayures vertes sur fond beige ou bien les petites fleurs mauves et jaune pâle ? J’hésite tu sais… »
Fabien clique précipitamment sur la croix en haut à droite, fermant le document sans enregistrer les dernières lignes écrites. L’idée que sa femme puisse lire par-dessus son épaule lui est insupportable. « Et merde ! » pense-t-il. Il s’efforce de contrôler sa voix qui grimpe toujours dans les aigus quand il est contrarié.
— Marion, je t’ai demandé de me laisser travailler cet après-midi. C’est pas compliqué non ? Tu sais bien que mon éditeur attend les derniers chapitres de mon nouveau roman. Si tu m’interromps tout le temps, comment veux-tu que j’avance ?
— Ok, ok ! Mais il faudra bien qu’on se décide pour la tapisserie, depuis le temps qu’on en parle. »
« Depuis le temps que TU en parles, ma chérie ! pense Fabien. Mais si tu savais comme, MOI, je m’en fiche de tes rayures et de tes fleurettes ! Si ça ne tenait qu’à moi, un bon coup de blanc sur les murs et basta ! »
La jeune femme quitte la pièce à contrecœur, une moue boudeuse dessinée sur les lèvres. En sortant elle lui lance :
— Tu n’oublies pas d’aller chercher les enfants à l’étude tout à l’heure, j’ai mon rendez-vous chez le coiffeur ! »

La chambre plongée dans la pénombre était silencieuse. Les longs cheveux dorés de Cynthia effleuraient sa peau en une caresse délicate. Leurs deux souffles mêlés s’exhalaient au rythme des mouvements de leurs corps. Le lit grinçait sourdement, et peau contre peau, les deux amants laissaient le plaisir les envahir. Cynthia roucoula un gémissem…

« Dring !!!! Dring !!!!!!!! » Fabien fait un bond sur sa chaise et un laps de temps s’écoule avant qu’il réalise que le téléphone sonne. « Pas moyen d’être tranquille ! Jamais ce bouquin n’aura de fin, je le sens… » Il se lève à regret et va décrocher.
— Oui ? Lui-même… Oui, je me souviens de vous ! Non, pas encore mais je… oui, je sais, je… écoutez, vous pouvez bien m’octroyer un délai supplémentaire… je sais que j’ai déjà du retard… Oui… oui… Non… vos fournisseurs, bien sûr, mais… et si je vous en verse la moitié la semaine pro… attendez ! … mais je ne l’ai pas la somme totale, moi, vous me faites rire ! … oui et ben je peux pas… les huissiers ! Mais attendez, il n’y a pas de quoi s’énerver ! … Je vais me débrouiller, laissez-moi 3 jours… Oui… oui… Oui je vous dis ! Merci… oui… au revoir ! »
Marion, les enfants, l’école, le papier peint et maintenant les factures ! Fabien se sent devenir fou. Et la vie alors ? Sa vie, ses textes, son roman ? Fabien se dit qu’il aimerait bien être à la place de Marc, l’amant de la belle Cynthia, son héroïne. Pas de soucis matériels, pas de coup de fil intempestif, pas d’épouse exigeante, pas de gosse. Une femme, mais fatale, sensuelle, dévouée, et du plaisir, rien que du plaisir… Une vie de personnage de papier, irréelle et dénuée de contraintes. Au lieu de cela… Fichu pour fichu, Fabien éteint son ordinateur et descend à la cuisine se faire un sandwich.


Le corps en sueur, Marc et Cynthia écoutaient les battements de leur cœur qui se calmait peu à peu. Ils se laissaient aller à la douce torpeur d’après l’amour, apaisés, heureux. L’épaule blanche de la jeune femme luisait dans le demi-jour. Marc humait l’odeur épicée — mélange de jasmin et de pain d’épice — de son parfum dans le creux de son cou. Soudain, il eut à nouveau envie d’elle. Brutalement, il l’agrippa et glissa sa main entre ses …


La porte s’ouvre. Fabien réprime un geste d’agacement. Qu’est ce que c’est, cette fois-ci ? Le chauffe-eau qui fuit ? La voiture qui veut pas démarrer ? Le petit dernier venu lui montrer ses gribouillis ? Le doigt prêt à fermer la fenêtre Word, Fabien fait mine d’être absorbé, de n’avoir rien entendu. Faire le mort ça marchera peut-être mieux que de s’énerver… Il faut qu’ils comprennent tous qu’écrire est un métier et qu’il a besoin d’être seul. Il sent pourtant la présence de Marion derrière lui. A l’oreille, il a reconnu sa démarche. Mais qu’est-ce qu’elle veut ? Pourquoi ne parle-t-elle pas ? Intrigué, il se retourne… et il reste muet de stupéfaction. L’œil agrandi de surprise, la mâchoire pendante, il contemple Marion. Sa lourde chevelure brune aux reflets cuivrés est dénouée sur ses épaules. Elle a maquillé ses lèvres de rose brillant et ses yeux verts sont délicatement éclairés de fard à paupière mauve. Ses longs cils battent lentement et un léger sourire détend ses traits. Tout en le fixant, elle fait glisser son peignoir de satin bleu jusqu’à ses reins, dénudant la moitié de son anatomie. Ses seins, petits mais bien formés, arborent fièrement leur galbe délicat.
— Mais… Marion…
Fabien ne peut en dire plus. Partagé entre l’étonnement et la consternation, il sait seulement que l’aiguillon du désir commence à le titiller. Brusquement, le peignoir glisse jusqu’au sol, dévoilant le corps nu de Marion. La jeune femme s’avance jusqu’à toucher Fabien et le doigt posé sur ses lèvres, murmure :
— Chuutttt… Depuis près de trois semaines, tu fais pousser des gémissements de plaisir à ton héroïne. Et pour moi, rien du tout ! J’en veux aussi ma part. Maintenant ! Et puis ça stimulera ton inspiration pour la suite ! Il n’y a rien de mieux que les travaux pratiques pour étayer une théorie ! »

lundi 3 octobre 2011

La vengeance est un plat qui se mange froid.

Texte publié dans l'anthologie "Proverbes 1" aux éditions Griffe d'Encre.


Thibaut n’a pas avalé un seul petit pois depuis le début du repas. Immobile devant son assiette, à la table de la cuisine, il sent l’engourdissement attaquer ses jambes, ses cuisses, son torse, ses bras. Il lève sa main droite, la remue et attrape sa fourchette.
Du bout des dents pointues, il bouscule les petits pois, les avance, les recule, les tourne et les retourne, les met en rang par deux, comme des écoliers appliqués, puis les sépare, les range en file indienne, braves petits soldats en uniforme vert. À gauche de l’assiette, un petit tas, comme une montagne, puis un autre un peu plus haut. Dans la plaine de faïence blanche, les petits soldats sont en attente. La fourchette trace alors un sillon au milieu de la troupe, la dispersant. Quelques combattants se mettent en embuscade derrière les montagnes. Ils sont nombreux aujourd’hui, les fantassins verts. La fourchette les remet en rangs serrés. Au garde à vous, ils attendent le signal. Le combat va être rude, et Thibaut pense : toute piétaille a son calvaire.
Celui de Thibaut a commencé il y a longtemps. La bataille des petits pois n’est pas nouvelle. La marâtre ne cède jamais. La marâtre dit toujours non. La marâtre ne sourit jamais. La marâtre n’embrasse jamais. La marâtre dit toujours : qui trop embrasse mal étreint.
—Mange tes petits pois !
La voix gronde dans la cuisine. Thibaut, le nez toujours baissé sur son assiette, ne bouge pas. « Je la déteste, je la déteste, je la déteste ! J’les mangerai pas ses petits pois ! J’les déteste ! »
Un silence glacial règne. On entend le tic-tac de la pendule. Les bras croisés, appuyée contre la porte du frigo, la marâtre attend. Elle attend que Thibaut liquide son assiette, qu’il avale jusqu’à la dernière les écœurantes billes vertes. Elle a de la patience ! Tout vient à point à qui sait attendre.
Thibaut et ses petits soldats aussi attendent. Il n’est pas question qu’il les mange, ces petits pois. Il a tenu jusqu’ici, il ne va pas céder maintenant. Pour lui, qui ne consent pas se tait.
Il n’a pas besoin de lever la tête pour savoir que le regard de la marâtre est fixé sur lui. Il le sent agripper ses cheveux, chauffer ses oreilles, couler dans son cou, couler partout. Il sent sa brûlure sur sa peau, ce picotement désagréable qui lui chatouille les omoplates. Mais il ne mangera pas, il l’a décidé : qui ne dîne pas dort encore mieux.
Surtout, tenir bon. Jusqu’au bout. Ne pas pleurer. Il ne faut pas. Il ne veut pas. Elle serait bien trop contente !
Thibaut installe ses soldats en ordre de bataille. Sur le bout de sa fourchette devenue arme de lancement, il en sélectionne quelques-uns. Aujourd’hui, ce sera la victoire finale. Il l’a décidé. En silence, il donne l’ordre d’attaquer. Alors, d’un geste vif du plat de la main sur le manche de la fourchette, il catapulte ses obus sur l’objectif ennemi. Les billes vertes viennent s’écraser sur les joues de la marâtre. Une seconde d’éternité flotte dans la pièce. Thibaut attend la riposte. Le silence dure. Deux secondes, trois secondes, peut-être plus. Intrigué, il ose un coup d’œil. La marâtre, les yeux arrondis comme des sphères sombres, la bouche grande ouverte, des traces sales sur les joues, le regarde, muette de surprise.
Alors Thibaut lance la deuxième salve, identique à la première. Les boulets verts s’élèvent dans l’espace pour atteindre la cible. La marâtre, la bouche toujours ouverte, sursaute. Son expression de surprise s’est accentuée. Elle porte la main à sa gorge. Un léger gargouillis s’en échappe, un râle murmuré, bizarre, déplacé dans le silence de la cuisine. Ses pommettes ont rougi et les traces vertes de la bataille ont viré au gris. Thibaut croit voir une buée translucide traverser son regard, comme un voile brumeux sur la mer les soirs d’été. Un regard de poisson crevé. Elle bouge les lèvres, essaie de parler. Sur son menton, coule un filet de salive. Ses mains tremblent, les doigts s’agitent, les lèvres pâles remuent. Un sifflement ténu glisse dans l’air.
Thibaut regarde. Il attend. Il ne pense pas qu’une troisième salve sera nécessaire. Il va gagner la bataille. Le visage de la marâtre, devenu bleu, bascule sur son épaule. Ses bras retombent, son dos glisse le long du frigo. Thibaut entend le chuintement du tissu contre la porte. Les genoux ploient, le corps s’affaisse, les yeux se ferment. Un grognement rauque, un dernier gargouillis puis le silence.
Thibaut repousse son assiette au milieu de la table et se lève. En sortant de la cuisine, il regarde une dernière fois la marâtre et pense : on a toujours besoin de petits pois chez soi !

Dynastie.

Texte écrit pour les 807 de Franck Garot. http://les807.blogspot.com/



« C’est qui déjà, celle-là ? »
—La sœur de ma grand-mère.
—Celle qui a épousé un marin Colombien ?
—Mais non ! Elle, elle est entrée au couvent à dix-huit ans !
—Et celle qui a fondé sa maison de couture, c’était qui déjà ?
—Et ben c’était sa fille ainée, celle qu’elle a eu d’un premier mariage avec un acteur qui avait jamais de contrat !
—Ah, d’accord ! Mais… euh… la fille ainée de qui ? Pas de celle qui est entrée au couvent ?
—Mon Dieu que tu es bête ! Evidemment pas de celle qui est entrée au couvent ! Elle y est encore au couvent et à part Dieu, elle a jamais eu personne dans sa vie. Mais je t’ai déjà expliqué tout ça… tu m’écoutes jamais quand je parle…
Ça, c’est faux ! J’écoute quand elle parle. Mais entre Gertrude, Salomé, Jacqueline, la fille ainée de Françoise, celle de Nathalie et les deux petites filles jumelles de la sœur de la tante de sa grand-mère, moi, je m’y perds ! Ma Julie, elle a au moins 807 tantes, sœurs, cousines et grand-mères, alors… Vous vous y retrouveriez, vous ?


Songeur, j’ai posé ma main sur son ventre et j’ai murmuré :
—J’espère que celui-ci, ce sera un garçon…